Le gaz de schiste, on n’en veut pas!

La chanson des Ardéchois contre l’exploitation du gaz de schiste sur leur territoire.

Chacun pourrait l’adapter à sa sauce, selon sa région. “Ô Vaudoise, Ô Vaudois, lève lève-toi / Ô Vaudoise, Ô Vaudois, chante avec moi / Le gaz de schiste, on n’en veut pas / Le gaz de schiste, ne passera pas / Au pays d’Emile Gardaz”

Un état des lieu du mouvement anti gaz de schiste en Europe, aux Etats-Unis, en Afrique sur le site Alter Echos

Un film à voir s’il passe près de chez vous sur le sujet, “Gasland” de Josh Fox dont voici le trailer :

Un reportage de l’émission de la Télévision Suisse Romande A Bon Entendeur sur le gaz de schiste intitulé Gaz de schiste : quand l’eau prend feu

La décroissance par Paul Ariès

Conférence de Paul Ariès sur le thème de la décroissance
Dijon le 19 janvier 2011
Organisation EPOC

Transcript
Einstein disait que tant qu’on a la tête sous forme d’un marteau, on voit tous les problèmes sous forme de clou. Tant que nous aurons la tête formatée par l’économie, nous irons chercher la solution à l’ensemble des problèmes sociaux dans le toujours plus. Toujours plus de production, toujours plus de consommation, toujours plus grand, toujours plus vite.

Les objecteurs de croissance ne sont ni des professeurs foldingues, ni des durs à jouir qui se complairaient dans l’annonce imminente de la fin du monde. Nous disons pourtant qu’il faut en terminer avec le culte de la croissance, que cette dernière soit bleue avec la droite ou le patronat, rouge avec la gauche, rose, verte ou orange. Il faut en finir avec le culte de la croissance, et pour cela il suffit de cesser de refouler ce que nous savons tous déjà.

Premier chiffre : 20% des humains, dont nous sommes, s’approprient 86% des ressources planétaires. Imaginez que vous invitez 4 amis à votre table, vous avez un gâteau, vous la partagez, vous mangez les trois premières parts et laissez la dernière aux autres. Voilà aujourd’hui la situation planétaire.

C’est pas très “joli joli” par rapport à nos valeurs comme la fraternité ou l’égalité, mais ce ne serait pas forcément si grave si on avait l’espoir d’un rattrapage possible. Si l’on pouvait croire que la production puisse grandir démesurément. Mais c’est là où nous tombons sur le deuxième constat. Si bientôt sept milliards d’humains vivaient comme nous, une seule planète Terre ne suffirait pas. Il en faudrait un peu plus de trois si l’on adoptait les standards de vie d’un Français, et presque sept si l’on adoptait les standards de vie d’un Américain. Autrement dit, la croissance économique, ce n’est pas la solution. Ce n’est pas la solution pour les pays riches, mais ce n’est pas la solution non plus pour les pays pauvres qui devront inventer d’autres façons de satisfaire les besoins fondamentaux de l’humanité.
Les objecteurs de croissance ne sont pas partisans de la décroissance faute de mieux. Même s’il était possible de produire et de consommer toujours plus, ce serait, à nos yeux, une façon suffisante de le refuser pour pouvoir rester, simplement, des humains.

Notre société a totalement sombré dans ce que les Grecs anciens appelaient lhybris (ὕϐρις), la démesure. Nous avons perdu la capacité à nous donner des limites. Lorsqu’une société n’est pas capable de se donner des limites, elle va les chercher dans le réel. C’est l’épuisement des ressources, c’est le réchauffement planétaire, c’est l’explosion obscène des inégalités sociales. Le grand enjeu pour le 21ème siècle n’est pas de savoir quel va être le cours du baril, ni notre pouvoir d’achat. Le grand enjeu, c’est de renouer avec cette capacité à se donner des limites. Et pour cela, faire primer la culture et le politique. Parce que la culture, c’est toujours ce qui nous immunise contre les fantasmes les plus archaïques : le culte de la toute puissance, l’idée d’un monde sans limites; et la politique, c’est d’abord la définition de la règle de droit. La loi, c’est la première limite que je rencontre tous les matins dans la rue. Ce qui pose bien sûr la question du contenu de cette loi. Est-ce que c’est une loi qui est faite dans l’intérêt du plus grand nombre? Ou est-ce que c’est une loi qui est faite dans l’intérêt de la minorité? Les vraies limites au toujours plus ne sont pas naturelles, elles ne sont pas techniques; elles sont d’abord humaines : jusqu’où aller sans péter les plombs. Jusqu’où aller dans le toujours plus sans sombrer dans ce que le romancier Miller appelle un cauchemar climatisé. Jusqu’où aller en préservant tout simplement le désir de vivre. Moi, je ne suis pas partisan de la décroissance parce qu’il y a le feu à la planète; je suis objecteur de croissance, car je souhaite ce que les Grecs Anciens appelaient l’eudaimonia (εὐδαιμονία), ce qui veut dire une vie bonne, et ce que les Américains du sud appellent en ce moment le buen vivir, c’est-à-dire, le bien vivre.

La décroissance n’est pas un discours écolo plus hard, plus dur que les autres. La décroissance, c’est la tentative de penser à la fois une série de grandes crises. La crise environnementale, la crise sociale, la crise du politique, la crise de la personne humaine. Quand on dit que cette crise est systémique, c’est que quelque chose fait lien entre tout ça. Et ce qui fait le lien, c’est tout simplement le fait que depuis plusieurs siècles nous continuons à fantasmer sur le mythe de l’abondance. Tant que nous croirons que, demain, sept milliards d’humains pourraient vivre au Pays de Cocagne, nous continuons à refouler la grande question historique qu’est la question du partage.

La décroissance marque avant tout le retour des partageux. Première grande crise : la crise environnementale. Quand on parle de crise environnementale, on est en fait un peu courts sur pattes. Ce qui nous menace, ce n’est pas une simple crise. C’est un véritable effondrement environnemental. C’est la possibilité même de poursuivre l’aventure humaine qui est de plus en plus hypothéquée. L’Académie des Sciences de Grande Bretagne (Royal Society) déclarait l’an dernier que l’humanité a 50 % de chances de survivre au 21ème siècle. Cet effondrement environnemental prend pour l’instant deux formes. D’un côté, c’est l’épuisement des ressources, de l’autre, c’est le réchauffement planétaire. Mais, le pire, c’est que toute solution qu’on peut tenter de bricoler pour compenser la disparition programmée des ressources naturelles ne peut que se traduire par des changements climatiques majeurs. L’humanité est totalement coincée entre le marteau et l’enclume. Conséquence : tous les indicateurs sont en train de virer au rouge.

L’érosion de la biodiversité : prenez les travaux de la dernière Convention Internationale sur la Biodiversité. On nous rappelle que la Terre est entrée dans la sixième grande période d’extinction des espèces. La cinquième période d’extinction des espèces c’était il y a 65 millions d’années, la disparition des dinosaures et de plus de 50% des espèces alors existantes. Ce qui est grave, ce n’est pas qu’il y ait des espèces qui disparaissent; ce qui est grave, c’est le rythme, l’ampleur, la nature de cette disparition. Un mammifère sur 4 est menacé; 1 amphibien sur 3, 1 oiseau sur 8, 1 poisson sur 3. Et le Fonds Agricole Mondial (IFAD) nous dit que si nous poursuivons les logiques actuelles, environ 25 % des espèces animales et végétales utilisées pour notre alimentation disparaîtront avant le milieu de ce siècle. Erosion de la biodiversité, pollution de l’eau, de l’air, des sols… mais avant d’aller plus  loin, je crois qu’il est essentiel de dire que cette dégradation de l’environnement est toujours, en même temps, un facteur d’inégalités sociales.
Ce sont les pays les plus pauvres qui en sont les premières victimes. Et ce sont les populations des quartiers populaires qui connaissent chez nous les taux de pollutions chimique, sonore, visuelle, les plus importants, alors que les responsabilités sont totalement à l’opposé. Un Américain consomme 20 fois plus de gaz à effet de serre qu’un Indien, et un Français 10 fois plus qu’un Africain.

Le premier aspect de cet épuisement des ressources, c’est le problème du pétrole. Alors, il y a un débat entre experts pour savoir si la fin du pétrole bon marché c’est pour demain matin, pour dans dix ans, ou dans vingt ans, et, je dirais, peu importe. Ce qui est sûr, c’est que nous allons assister à court terme à une augmentation importante du prix, puis il y aura une alternative. Ce sera : soit, la jungle, – c’est-à-dire les derniers barils pour ceux qui peuvent se les payer -, soit le rationnement. Nous avons consommé, en un siècle, 900 milliards de barils sur les deux à trois milles que la Terre à générés dans toute son histoire géologique. Et chaque point de croissance supplémentaire, – qu’elle soit bleue, rouge, rose, ou orange – , chaque point de croissance économique, représente une surconsommation de 500’000 barils. Mais, je dirais, que la fin du pétrole bon marché, c’est plutôt une bonne nouvelle. C’est une bonne nouvelle pour le climat, pour la Terre, donc pour les Humains.

La grande question, c’est comment apprendre à s’en passer. Et comment apprendre à s’en passer, si nous construisons toujours plus de routes et d’autoroutes et si nous sommes toujours plus fiers de nos grands avions. Alors, est-ce qu’il existe des alternatives au pétrole? Sous le terme de pétrole, il y a une très grande variété d’hydrocarbures, notamment des huiles visqueuses, des sables asphaltiques. Les réserves mondiales sont estimées à 3000 milliards de barils. On pourrait donc croire qu’on peut en reprendre pour un tour. Mais il y a un double problème. Le premier problème, c’est qu’on ne peut en extraire que 500 milliards en coûts raisonnables. Et puis, surtout, le fait que pour extraire un baril de ces huiles visqueuses, il faut consommer, gaspiller, 10 barils d’eau. Et le grand problème pour les prochaines décennies, ce n’est pas le problème du pétrole, c’est le problème de l’accès à l’eau potable. Le pétrole n’est donc pas la solution au pétrole.

La solution serait-elle le charbon? Le gaz naturel? Réserve de gaz : 40-50 ans, sauf si on exploite le gaz de schiste, comme on entend bien le faire. Mais cette exploitation des gaz de schiste, c’est un peu le même scénario qu’avec le charbon. Le charbon, réserves mondiales : 2 siècles et demi. Mais le problème, c’est que le charbon, plus encore que le pétrole, est un tueur de climat. Le charbon est responsable des pluies acides. Avec le retour au charbon ou au gaz de schiste, c’est l’emballement climatique assuré. Le nucléaire est-il la solution? Passons même sur les dangers du nucléaire et sur  la gestion des déchets. Pour compenser le pétrole actuellement utilisé, il faudrait construire 5000 réacteurs supplémentaires. Mais dans ce cas-là, on se trouverait rapidement face à une pénurie rapide d’uranium. L’Agence pour l’Energie Nucléaire auprès de l’OCDE dit que les réserves d’uranium ne représentent que 85 ans au rythme actuel. Donc la fission nucléaire est condamnée. Mais est-ce qu’on peut avoir foi dans la fusion nucléaire? Là, je partage l’opinion de nos amis Américains : la fusion est l’énergie du futur, et elle le restera toujours. Elle le restera toujours, parce qu’il n’existe pas de matériau capable de résister au flux de neutrons. Le projet ITER (International Thermonuclear Experimental Reactor) n’apportera pas la réponse, c’est un outil de recherche, – à dix milliards d’euros – , mais ce n’est qu’un outil de recherche. La grande question, c’est de savoir si on n’aurait pas pu utiliser plus utilement ces milliards d’euros, plutôt que de les lancer dans une fuite en avant.

Alors, l’hydrogène, le fameux moteur à eau : le problème, c’est que l’hydrogène doit être produit, or pour être produit, cela nécessite plus d’énergie que cela n’en donne. Alors, il reste bien sûr les énergies renouvelables. C’est un gisement extraordinaire! L’éolien, le solaire, l’hydraulique, la géothermie… il faut tout faire pour rattraper notre retard dans ce domaine. Mais cela pose aussi trois questions. Première question, c’est un problème de stockage et de transport. Deuxième question : c’est un problème de temporalité. Si l’on voulait faire fonctionner l’économie mondiale avec du solaire, il faudrait construire 220’000 Km carrés de panneaux solaires. Nous en avons actuellement 18. Et puis, troisième question essentielle : c’est ce que les économistes appellent l’effet rebond. Bien sûr qu’il faut tout faire pour réaliser des économies d’énergie, bien sûr qu’il faut tout faire pour développer des énergies renouvelables. Mais, tant que nous resterons dans les mêmes logiques économiques d’ensemble, tant que nous resterons dans l’idée que plus serait forcément égal à mieux, tout bien réalisé dans un domaine sera immédiatement gaspillé dans un autre domaine. Regardez ce qui est arrivé avec nos automobiles depuis les années 70, et, ce qu’on appelait la chasse au gaspi. Oui, nos voitures sont beaucoup moins gourmandes. Mais qu’est-ce qui s’est passé? On va deux fois plus loin, ou on équipe nos voitures de gadgets énergivores comme la climatisation.

Alors, il reste bien sûr la solution des agro-carburants. Mais, comme le rappelait Jean Ziegler, l’ex porte-parole du Fonds Agricole Mondial, il y a un choix à effectuer. Veut-on nourrir 650 millions de voitures ou 7 milliards d’humains? Ce choix montre aussi la nécessité, aujourd’hui, que les questions morales fassent retour en politique. Parce que l’on voit très bien avec les agrocarburants, comment nous sommes prêts à sacrifier une partie de l’humanité pour la survie – augmentée – d’une toute petite minorité.

Le grand problème pour les prochaines décennies, le grand problème pour cette année, ce n’est pas l’énergie, c’est déjà l’alimentation. Rappelez-vous en 2008 les émeutes de la faim dans plus de 45 pays. Aujourd’hui, avec le cours des denrées alimentaires, on va effectivement tout droit dans le mur. Cette question alimentaire est tout à fait symptomatique des logiques productivistes et industrielles. L’alimentation est classée depuis 2005 problème de sécurité nationale aux Etats-Unis, depuis que le Centre Mondial d’Information Agricole (CIA / WAICENT) a établi que les aliments effectuent en moyenne 1700 kilomètres. Pensez que le pot de yaourt que vous avez peut-être consommé ce soir, à travers ses multiples composants, a fait plus de 6000 kilomètres. La chaîne alimentaire américaine consomme globalement 20 fois plus de calories, 20 fois plus d’énergie, que cette nourriture n’en apporte. La situation européenne est presque comparable.

Mais, tous les chiffres ne sont pas tristes. Le Programme des Nations Unies pour l’Environnement (PNUE) nous rappelait l’an dernier que le tiers de la nourriture mondiale est gaspillé. Plus de 40% aux Etats-Unis et en Grande Bretagne. Et le Programme des Nations Unies nous le dit : la Terre est suffisamment riche pour pouvoir nourrir 10 milliards d’humains, mais sans doutes pas de la même façon. Avec une alimentation re-localisée, avec une alimentation re-saisonnalisée, avec une alimentation moins carnée, avec une alimentation moins gourmande en eau, avec une alimentation bio-diversifiée.

Mais le problème, ce n’est pas celui du trop d’humains. C’est, peut-être, celui de nos modes de vie qui ne sont tout simplement pas généralisables à l’ensemble de l’humanité. Et, du point de vue philosophique, ce qui n’est pas universalisable n’est pas défendable sur le plan moral.

Le deuxième grand problème à côté de celui de l’alimentation, c’est la question de l’eau potable. Danielle Mitterand le rappelle dans le dernier numéro du Sarcophage : “La quantité d’eau potable par habitant va diminuer d’un tiers en 20 ans et de 50% en 40 ans.” Mais, cette crise de l’eau potable n’a rien de naturel; elle est, elle aussi, la conséquence de nos modes de vie, de nos choix politiques. La population mondiale a été multipliée par trois en un siècle, la consommation d’eau a été multipliée par sept. Pensez qu’un Américain consomme 2.3 fois plus d’eau qu’un Français. Avons-nous le sentiment de manquer d’eau? L’Organisation Mondiale de la Santé nous le dit : si on poursuit les tendances actuelles, 500 millions à 1 milliard d’humains en état de pénurie, et 2 milliards et demi en situation critique. Comment peut-on penser rester sur notre petit îlot de prospérité – toute relative – au milieu d’un océan de détresse?
Cette inégalité fondamentale devant les besoins vitaux ne peut être qu’une source de développement de violence; ne peut être qu’une source de développement de terrorisme, et, face à ces menaces, de développement d’un système militariste et policier.

Alors, est-ce que les usines à dessaler l’eau de mer seraient la solution? Non, pour deux raisons : tout d’abord, une raison de coût : oui, on pourra faire pousser nos tomates immondes à l’autre bout de l’Espagne en dessalant l’eau de mer, mais on n’abreuvera pas l’Afrique. Et la deuxième raison, c’est que si on devait généraliser ces techniques, on se retrouverait avec des quantités extraordinaires de saumure qu’il faudrait rejeter à l’eau, ce qui ne manquerait pas d’aggraver les conséquences du réchauffement en matière d’élévation des niveaux de mers.

En matière environnementale, à côté de cet épuisement des ressources, l’autre grande question, c’est celle du réchauffement. Et ce n’est pas de savoir s’il fera un peu plus chaud dans les prochaines décennies, mais de savoir si l’on pourra poursuivre l’aventure humaine. Le GIEC (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat ) revoit sans cesse ses prévisions à la hausse et si vous regardez son dernier rapport, vous verrez toute l’inquiétude concernant notamment l’évolution des courants maritimes.

Il y a deux types de courants maritimes : les courant maritimes horizontaux et les courants maritimes verticaux. Toutes les petites bouées [balises] qu’on a pu placer depuis quelques décennies montrent un affaiblissement des courants maritimes horizontaux. Si le Gulf Stream (courant maritime horizontal) devait céder, ce ne serait pas la fin du monde. Cela signifierait simplement que la France, que l’Europe, pourraient se retrouver avec un climat de type Sibérie. La grande inquiétude des scientifiques, c’est l’évolution des courants maritimes verticaux. Ces courant piègent dans les profondeurs océanes des quantités extraordinaires d’hydrate de méthane. Et si ces hydrates de méthane refont surface, et bien ce n’est plus la peine d’en parler, puisque la Terre se retrouverait avec une température de plusieurs centaines de degrés.

Si le GIEC insiste autant sur la nécessité de ne pas dépasser une augmentation de deux degrés, ce n’est pas par hasard. Ces 2 degrés représentent un seuil d’irréversibilité. Au-delà de deux degrés d’augmentation, on déclenche ce qu’on appelle des phénomènes de rétroaction positive. Les puits de carbone comme les forêts ou les océans deviennent des sources de carbone, faisant passer à trois degrés d’augmentation; et trois degrés d’augmentation impliquent que le permafrost, (les terres gelées), libèrent à leur tour du carbone ce qui fait passer à 4 degrés; avec, dans ce cas-là, une augmentation des émissions de méthane dans les océans avec la perspective de 5 degrés.

D’où la grande interrogation qui doit nous retenir, – c’est qu’il ne s’agit pas de se poser la question en bon Gaulois de savoir quand on va se ramasser le ciel sur la tête -, il s’agit de savoir la quantité maximale que l’on peut émettre chaque année tout en rendant à nos enfants une planète viable. La communauté scientifique est d’accord sur un chiffre fondamental qu’il faudrait presque inscrire sur le fronton de nos mairies à côté de la devise républicaine. Ce chiffre, c’est la quantité totale d’émission de carbone que la Terre peut digérer chaque année. Si l’on traduit toutes nos activités, – le fait de manger, de s’habiller, de se déplacer, de venir à une conférence -, en équivalent carbone, et qu’on dépasse trois milliards de tonnes d’équivalent carbone, on bousille les écosystèmes.

Depuis les années 70, nous avons dépassé ce maximum de 3 milliards. Nous en sommes aujourd’hui à presque 7 milliards d’équivalent carbone : le double de ce que la Terre peut digérer. Alors, prenons au sérieux ce [chiffre de] trois milliards de tonnes d’équivalent carbone pour 6 milliards d’humains. Le calcul est vite fait : ça nous donne 500 kilos d’équivalent carbone par personne et par an. Si je dépasse 500 kilos, je rends à nos enfants une Terre dépréciée. 500 kilos d’équivalent en carbone, c’est quoi? C’est, par exemple, un vol en avion aller-retour Paris – New York. Si je prends une fois l’avion, il faut arrêter de manger. C’est 5000 kilomètres par an en voiture. Mais lorsque je donne ces chiffres, je  ne cherche à culpabiliser personne! Pour porter ce discours, je fais chaque année beaucoup plus que 5000 kilomètres par an en voiture.
Ces chiffres nous montrent à la fois l’ampleur et l’urgence des changements nécessaires, et ils nous montrent, surtout, que la solution ne peut pas être de faire la même chose en moins : ce n’est pas en apprenant à se serrer la ceinture un peu, beaucoup, passionnément ou à la folie qu’on y arrivera. La décroissance, ce n’est pas une politique d’austérité.

La décroissance, c’est le projet collectif d’inventer de nouveaux modes de vie. Ces 500 kilos d’équivalent en carbone, c’est également l’équivalent de la fabrication d’1.5 micro-ordinateurs à écran plat. On sait, depuis les travaux du grand Institut de Technologie du Massachussets (MIT), que 500 kilos d’équivalent carbone, c’est également l’équivalent de deux cents clics par jour avec notre petite souris sur internet, puisque chaque clic représente en moyenne 7 grammes d’émission de carbone; soit la moitié de l’utilisation d’une bouilloire électrique, et l’équivalent d’une heure de fonctionnement d’une ampoule. Là encore, on le voit, la solution, ce n’est pas la fuite en avant technologique, c’est pas le mythe de la dé-carbonisation de l’économie; la solution, c’est d’inventer d’autres façons de vivre qui permettent tout simplement à 7-8 milliards d’humains de vivre ensemble.

Parce qu’à côté de cet effondrement environnemental, l’autre grande question, c’est l’effondrement social. Le choix, aujourd’hui, pour l’immense majorité des humains, n’est pas entre la croissance et la décroissance; le choix pour l’immense majorité des humains est entre la croissance négative, – la récession avec son cortège de chômage et de misère et autres choses -, et ce qu’on appelle, peut-être faute de mieux, la décroissance. Je l’ai dit tout à l’heure, l’objection de croissance c’est avant tout le retour des partageux.

Nous nous sommes monstrueusement habitués aux inégalités sociales. Quelques chiffres : les trois familles les plus riches à l’échelle planétaire ont un revenu supérieur au PIB total des 48 pays les plus pauvres. 3 familles, 48 pays. Mais il y a trois chiffres qui sont plus révélateurs et peut-être plus compromettants. Si vous avez un patrimoine personnel – votre patrimoine, c’est l’ensemble de vos bien accumulés – votre maison, votre appartement, votre voiture, votre électroménager, votre argent. Si vous avez un patrimoine de 5650 euros, – il y a plein d’enfants chez nous qui ont plus de 5000 euros – , vous appartenez déjà aux 50% des plus riches de la planète. Si vous avez un patrimoine de 45’000 euros, – même pas le prix d’un petit studio dans une grande ville – , vous appartenez aux 10% des plus riches de la planète. Et si vous avez un patrimoine de 375’000 euros, le prix d’un joli pavillon dans une grande ville, vous appartenez aux 1% des plus fortunés de la planète. Là encore, il ne s’agit pas de jeter la pierre à quiconque. Il y a, en France, des gens qui n’ont pas assez. Il s’agit tout simplement de se rendre compte que notre mode de vie n’est pas généralisable, n’est pas soutenable; il s’agit aussi de se rendre compte de la nécessité de ne plus regarder la planète à partir de notre point de vue d’occidental.

Prenez la question de l’agriculture. Aujourd’hui, à l’échelle mondiale, nous avons 26 millions de paysans qui ont un tracteur, 250 millions qui utilisent la traction animale, et 1 milliard qui utilisent la traction humaine. Donc, là encore, si l’on veut concevoir un projet qui soit à la hauteur de l’humanité, il faut partir de la situation de l’humanité telle qu’elle est.

Mais dans le domaine social, tous les chiffres, également, ne sont pas tristes. [Jacques] Diouf, le patron de la FAO, rappelait, il y a deux ans, au moment de la crise financière, que 30 milliards de dollars suffiraient, chaque année, pour que plus personne ne crève de faim. Ces 30 milliards de dollars, on ne les trouve pas. Mais le budget mondial – officiel – de l’armement : 1200 milliards de dollars. Le marché de la pub : 920 milliards de dollars. Le marché des stupéfiants : 800 milliards de dollars. On le voit, le problème n’est pas un problème de croissance ou de moyens; la grande question c’est qu’est-ce qu’on produit, comment, et pour qui? Est-ce qu’on vise la satisfaction des besoins sociaux fondamentaux, ou est-ce qu’on accepte de développer une jeune production, une production pourrie, parce qu’elle ne profite qu’à une infime minorité.

Le PIB mondial, en 2009, était de 70’000 milliards de dollars, soit 10’400 dollars par personne et par an, soit 867 dollars par mois ou 800 euros par mois. Si l’on raisonne comme les économistes en termes de niveau de vie par unité de consommation par ménage, ça veut dire qu’aujourd’hui, à l’échelle planétaire, le PIB nous donne 1200 euros par mois. Et on verra tout à l’heure que les objecteurs de croissance comptent souvent parmi ceux qui soutiennent l’idée d’un revenu garanti. Et là encore, cette idée de revenu garanti, c’est pas une idée de gosse de riche : la planète est assez riche pour pouvoir effectivement la vivre.

Crise environnementale, crise sociale, crise du politique également. Crise du politique, pour une raison toute simple : la gauche et la droite, par delà toutes leurs différences, partagent le même bilan effroyable en matière environnementale. Ces deux systèmes ont pillé la planète pour nourrir leurs machines productivistes. Mais ces deux systèmes ne se trouvent pas aujourd’hui dans la même situation : les gauches internationales restent pour l’instant encore largement aphones. Elles ne savent pas comment concilier ces contraintes environnementales avec le souci d’égalité et de justice sociale et le besoin de dignité face à une société du mépris. La droite, – les droites – , elles, ont effectivement un vrai projet.

Ce vrai projet, c’est ce qu’on appelle le capitalisme vert, qui n’est rien d’autre que cette volonté d’adapter la planète aux besoins du productivisme, d’adapter l’humanité aux besoins du productivisme. Regardez comment, depuis quelques mois, le discours gouvernemental est en train d’évoluer. Notre nouvelle ministre de l’écologie (Nathalie Kosciusko-Morizet) déclarait récemment dans Le Monde que la grande urgence n’était plus tant de combattre le réchauffement que de s’y adapter. On n’a jamais tant parlé d’adaptation nécessaire, et notre ministre a même inventé la notion de juste adaptation.

Cette juste adaptation, quand on regarde aujourd’hui les projets qu’on nous prépare, qu’est-ce que ça peut être? Adapter la planète, et, bien sûr, la généralisation des techniques artificielles de modification du climat. C’est la création d’un immense bouclier autour de la Terre pour la protéger des rayons du soleil; c’est la mise en orbite de milliards de petites lentilles d’environ 60 centimètres de large pour filtrer la lumière solaire; c’est le projet de couvrir 3% du globe pour contrebalancer le doublement des émissions de CO2; c’est le projet de répandre 1 million de tonnes de poussières d’aluminium et de souffre dans l’atmosphère afin de faire baisser la température terrestre de 1 degré; c’est le projet de fabriquer artificiellement des nuages, grâce à des structures flottantes de 3000 tonnes conçues pour activer des générateurs par le mouvement des vagues; c’est le projet de piéger et de stocker du CO2, les fameux puits de carbone dont le Président Sarkozy a annoncé la création du premier en Région Lorraine. C’est l’idée de stimuler la biomasse océanique en répandant du fer dans les océans; c’est l’idée de développer des cultures d’arbres OGM mangeurs de CO2, – grand projet européen! – ; c’est la mise en place d’éparpilleurs stratosphériques pour faire écran à une grande quantité de lumière noire; c’est l’idée de repeindre en blanc les nuages gris grâce à la projection de particules, ce qui augmenterait de 10% les micro-gouttelettes; c’est la possibilité de jeter à la mer des balles, – comme des balles de tennis – , de couleur blanche, pour faciliter la réflexion; sans oublier la possibilité de créer des vaches OGM résistantes à la maladie de la vache folle, et n’ayant plus besoin de ruminer; et sans oublier non plus, les pollinisateurs artificiels pour faire face à la chute drastique des colonies d’abeilles. Ne nous leurrons pas : tout sera fait. Tout sera tenté, plutôt que de remettre en cause les logiques dominantes. Tout est prêt : les capitaux, – on mesure déjà les retours sur investissement – , les fantasmes, l’idée que la science aura réponse à tout, l’idée d’un monde sans limites.

Adapter la planète, adapter également l’humain.
Si vous regardez aujourd’hui ce qui s’écrit au niveau des cercles de pensées internationaux, vous verrez une idée qui est en train d’éclore à droite comme à gauche. C’est la polémique que j’ai eue ces derniers mois avec d’un côté Alain Madelin, – l’un des pères du libéralisme en France – , et puis, d’un autre côté, Jacques Attali, – le conseiller des présidents quels qu’ils soient. Madelin comme Attali sont fous amoureux de ce qu’on appelle le transhumanisme. Le transhumanisme, c’est l’idée que l’humain tel que nous sommes est inadapté à la société de demain. Ce qu’on nous propose, c’est une mutation de l’humanité dans 4 directions.

Première étape de cette évolution, c’est le passage de l’homo sapiens que nous sommes au robot sapiens, le cyborg, avec ses prothèses, intelligentes ou pas. Ce robot sapiens est à portée de mains : il existe aujourd’hui, sur le marché, des équivalents techniques pour l’ensemble des organes humains. Cela va nous être vendu avec la meilleure intention du monde : “ça permettra de rendre la vue aux aveugles”. Mais, ce qui est en jeu là derrière, c’est l’idée d’un homme augmenté. C’est l’idée que l’homme, tel qu’il est avec ses faiblesses, avec ses limites, ne serait plus suffisant aux besoins du productivisme.

Deuxième étape : c’est le passage de l’homo sapiens au soma sapiens, l’homme pharmaceutique. Grand consommateur de médicaments et de substances d’amplification cognitives, l’objectif étant d’agir sur la composition biochimique du cerveau; on nous dit : “On pourra créer à volonté les sensations et les croyances.” Le Prix Nobel suédois Anders Sandberg  se veut rassurant, je lis : “Un jour, on décryptera la formule biochimique du sentiment amoureux, et on pourra se donner ce sentiment à volonté. Ce qui vaut pour le sentiment amoureux vaut aussi pour la colère, pour la timidité ou la jalousie. Toute cette ingénierie émotionnelle”, je cite dans le texte, “permettra de rendre possible” – je cite toujours – “un véritable paradis de l’esprit”. Avant même de savoir si c’est techniquement possible : est-ce le futur dont nous rêvons pour nous-mêmes et pour nos enfants?

Troisième évolution qu’on nous annonce, rien d’autre que le passage à une quasi immortalité. Il y a deux grands chantiers aujourd’hui : d’un côté, il y a ceux qui fantasment sur la biogénique et les nanotechnologies. Un petit breuvage nanotechnologique tous les dix ans permettrait de nettoyer tous les organes et de remettre à neuf nos cellules. Et puis, il y a ceux qui considèrent que la solution est le téléchargement des informations se trouvant dans notre cerveau sur un disque dur d’ordinateur; et pour peu qu’on ait quelque clé de sauvegarde, il y a quelque chose qui nous subsisterait éternellement.

Et la quatrième évolution, c’est le passage, après les OGM, vers les humains génétiquement modifiés. Il y a eu, cette année, dans les colonnes du Sarkophage, un débat assez vif entre deux équipes : d’un côté, l’équipe de Philippe Godard qui nous dit qu’après les OGM, ça sera bientôt le tour des humains génétiquement modifiés; et d’un autre côté, l’équipe de Jacques Testart, le père des bébés-éprouvettes en France, qui nous dit : “Attention! les humains génétiquement modifiés, c’est pas pour demain matin, mais ce qui est pour tout de suite, c’est le tri des embryons humains.” C’est-à-dire que, l’on va, effectivement, au nom de la perfection, au nom de la normalisation, de plus en plus considérer que ce qui était, auparavant, j’allais dire des accidents avec lesquels il fallait vivre, deviendraient totalement inacceptables, insupportables. Ayez, si ça vous intéresse, le désir d’aller regarder sur internet, – même si c’est mauvais pour votre bilan de carbone – , les sites du courant transhumaniste, et vous verrez, effectivement, de quelles façons les puissants d’aujourd’hui fantasment.

Alors, après ce tableau relativement noir : qu’est-ce que la décroissance peut proposer? Tout d’abord, qu’est-ce que la décroissance n’est pas? La décroissance, ce n’est pas le retour en arrière. Même si on n’a rien inventé de mieux que la chandelle pour les repas amoureux, la décroissance, ce n’est pas le retour à la bougie. Croire que l’on puisse revenir en arrière, c’est comme croire qu’un individu qui subit ce qu’on appelle une régression en âge redeviendrait un enfant. Non : c’est un adulte malade. La société d’après la bagnole est devant nous, elle n’est pas derrière. La stratégie de la décroissance, ce n’est pas le pas en arrière, c’est le pas de côté. La décroissance, ce n’est pas non plus la décroissance de tout pour tous. Il y a des choses qui vont devoir croître; il y a des choses qui vont devoir décroître. Mais cette décroissance équitable et sélective doit se faire dans nos pays riches dans un contexte global de décroissance. Oui, il va falloir passer du toujours plus à ce qu’on appelle la règle des trois M : “Moins Mais Mieux”. C’est-à-dire qu’il va falloir remettre en cause cette idée que plus serait forcément quelque chose d’extraordinaire.

Et puis, la décroissance c’est pas non plus le développement durable. Et d’ailleurs, aujourd’hui, le développement durable a plutôt du plomb dans l’aile. Les formules qui ont le vent en poupe, c’est, la croissance propre, c’est, la croissance verte. Le développement durable, à un moment donné, il a rempli sa fonction qui était de dire : “Oui, c’est vrai, on a bousillé la planète, mais, promis! juré! on ne le fera plus”.

Il y a eu, en fait, deux courants du développement durable : le courant du développement durable à la Nicolas Hulot. La Révolution du brossage de dents, l’importance des petits gestes. Ce développement durable à la Nicolas Hulot, il avait un grand inconvénient : c’est qu’il diluait la responsabilité : tous coupables! du smicard au PDG. Mais, ce développement durable à la Nicolas Hulot, il avait aussi une limite pour le système : c’est qu’il ne permettait pas suffisamment de vendre des technologies dites propres.

Et aujourd’hui, le développement durable qui a le vent en poupe, c’est le développement durable à la Claude Allègre, ou à la Laurence Parisot. Laurence Parisot, la patronne du MEDEF (Mouvement des Entreprises De France), qui prend le temps d’écrire un bouquin sur l’écologie. Ce bouquin s’intitule Besoin d’air. C’est extraordinaire! Et qu’est-ce que nous dit la patronne des patrons? Elle nous dit : “Un peu de croissance pollue, beaucoup de croissance dépollue”. Elle nous propose d’en reprendre pour un tour : c’est le capitalisme vert dont on parlait tout à l’heure. Et qu’est-ce que nous dit son compère Allègre? “Il faut passer d’une écologie dénonciatrice et culpabilisatrice”, – là il tire sur Hulot – , “à une écologie réparatrice”, et maintenant, il ajoute même : “à une écologie positive”. Mais, là encore, c’est du capitalisme vert, – peut être un peu régulé ou moralisé – , mais finalement, ce sont les mêmes logiques qui nous ont conduits dans le mur et qui nous conduiraient toujours dans le mur.

Aujourd’hui, tout le monde est d’accord pour dire qu’on va dans le mur. Sauf que, d’un côté, il y a ceux qui disent : “Ben, il faut faire un pas de côté”. Il y a ceux qui pensent qu’il est possible de sauter par dessus le mur, et qu’après ce premier mur, il n’y en aurait pas d’autres. Si, malheureusement, il y en aura un autre encore plus effroyable.

Alors si la décroissance, si ce n’est pas ça, qu’est-ce que c’est? C’est, en fait, la tentative d’articuler trois niveaux de résistance. Le premier niveau de résistance, c’est ce que nos amis Québecois appellent la simplicité volontaire. Essayons, chacun à notre niveau, d’avoir un mode de vie qui soit conforme à nos valeurs; de ne pas trop nuire ni aux voisins, ni aux générations futures. Pour certains, cela veut dire : ne pas avoir de voiture, ne pas utiliser de téléphone portable, choisir, – je dis bien choisir – , de travailler en temps partiel… Tout ce qui pourra être fait, doit être fait. Cela semble aller de soi : cela ne va pas de soi! Moi, j’appartiens familialement à une tradition politique, celle de la gauche, où on avait tendance à reporter toujours au lendemain du grand soir les changements de nos modes de vie. Et, comme les grands soirs ressemblaient souvent à des petits matins blêmes, on ne changeait pas grand chose. Donc, tout ce qu’on peut faire tout de suite doit être fait.

Mais, si l’on ne faisait que ça, ce serait insuffisant, cela pourrait même être dangereux. Insuffisant, parce que : à quoi cela servirait-il d’être un certain nombre à se faire plaisir, – parce qu’il y a du bonheur à rentrer en décroissance, il y a du bonheur à ne pas être un forçat du travail et de la consommation; il y a du bonheur à ne pas supporter la question publicitaire, ou les diktats de la mode – , si la société continue à se conduire de façon totalement irresponsable? Et puis, cela pourrait même être dangereux : allez, c’est pas la peine de le cacher : dans le milieu de la décroissance, il y a un certain nombre de copains ou de copines qui jouent à “plus décroissant que moi, tu meurs” qui se veulent les nouveaux parfaits, les nouveaux Cathares. Ce qui est gênant, dans cette posture, c’est qu’elle repose sur la culpabilisation des autres; or, on ne changera pas le monde en culpabilisant les gens.

On changera le monde en suscitant le désir, en donnant envie. D’où la nécessité d’un deuxième niveau de résistance, qui est celui des expérimentations collectives. Tout ce qu’on peut bricoler ensemble, dans les marges, dans les franges, – pourquoi pas au coeur de la société! – , est essentiel. Qu’il s’agisse des AMAP (les Associations pour le Maintien de l’Agriculture Paysanne), qu’il s’agisse aujourd’hui du retour du mouvement coopératif, des coopératives de production, de consommation, d’application; qu’il s’agisse de l’économie sociale ou solidaire : il y a plein de choses qui bouillonnent dans la société, et c’est très bien! c’est indispensable. Parce que dans ces marges s’inventent les laboratoires du futur. C’est dans ces marges que se créent les formes de vie qui seront celles de demain. Mais, là encore, ce que l’on peut faire dans les marges ou les franges, c’est indispensable, mais ça risquerait d’être insuffisant. Ce serait sous-estimer la capacité de récupération du système.

Prenons, par exemple l’alimentation biologique. La bio ça peut être la meilleure, comme la pire des choses. La bio, c’est la meilleure des choses, si c’est la défense d’une agriculture paysanne, d’une agriculture de proximité. La bio, c’est la pire des choses, si c’est la bio-industrie; si c’est l’illusion de pouvoir manger bio un produit qui a fait 6000 kilomètres en avion et que je trouve dans un hyper-marché.

D’où la nécessité d’un troisième niveau de résistance. Ce troisième niveau de résistance, après la simplicité individuelle, les expérimentations collectives, c’est l’ébauche du commencement de ce que pourrait être demain, – je suis très prudent – , un nouveau projet de société. C’est la décroissance comme projet politique. La décroissance ne prétend pas être la petite grenouille qui aurait vocation à devenir aussi grosse que le boeuf. Nous ne disons pas “C’est autour de nous que les choses vont se faire”. Mais, nous sommes convaincus, en revanche, que les questions que nous posons sont des questions incontournables. La décroissance ne fait peut-être pas encore un programme, mais elle en défait beaucoup. La décroissance est cette capacité à interroger les évolutions les plus profondes dans notre société.

Et, je suis convaincu que, de plus en plus, l’heure est venue de passer d’un certain nombre de mots au but, comme l’anti-capitalisme, la décroissance, l’anti-productivisme à d’autres mots qui seraient des mots-chantier comme la re-localisation contre le mondialisme; le ralentissement contre le culte de la vitesse; la coopération contre l’esprit de concurrence; la planification démocratique contre le tout marché; le choix de la simplicité, contre le mythe de l’abondance; la gratuité, le partage, contre le tout marché.

Je prendrai trois exemples.
Le ralentissement : le ralentissement a été le premier thème du colloque qui a été co-organisé par le Sarkophage et une série de villes dont la ville de Vaulx-en-Velin; l’idée, c’est de ralentir la ville, non pas pour des raisons gourmandes ou esthètes, mais pour la rendre plus pauvre. On sait, depuis les travaux de Paul Virilio, que la vitesse est toujours génératrice d’inégalités sociales. Quand la société accélère, c’est toujours au détriment des plus pauvres. On a mis depuis un siècle toute notre intelligence à inventer des prothèses techniques à accélérer et nous arrivons aujourd’hui à cette dictature des temps rapides sur les temps lents, et des temps courts sur les temps longs. Il faut mettre la même intelligence à inventer des prothèses à ralentir. Prothèses techniques : bridages des moteurs; prothèses sociales : le mouvement slow food, alimentation lente, par opposition au né-fast-e food. Le réseau national des villes lentes, c’est quelques centaines de villes, qui, à l’échelle européenne, ont choisi de ne pas grandir, le réseau des villes en transition. Et, là encore, si nous sommes partisans du ralentissement, ce n’est pas, avant tout, pour des raisons écologiques, mais bien pour des raisons humaines.
Toutes les sociétés qui nous ont précédés ont toujours accordé une part essentielle aux anciens, parce que les anciens sont les symboles de la lenteur. Or notre société du toujours plus est une société qui repose sur un véritable racisme anti-vieux, le jeunisme. Réaffirmer la place des anciens dans la vie, dans la ville, je crois que c’est aujourd’hui un grand enjeu politique. C’est un enjeu politique qui doit se faire au niveau des équipements collectifs; mais ralentir la ville, rendre aux anciens toute leur place, c’est d’abord pour les enfants. C’est les enfants qui en ont besoin. Prenez ces enfants de six ans qui ont un emploi du temps de cadre dirigeant, qui n’ont même pas le temps de s’ennuyer, alors que l’ennui est essentiel pour pouvoir se structurer; prenez ces gamines de 10-12 ans qu’on déguise en lolitas : des enfants à qui l’on vole le temps spécifique de leur âge. Ces enfants qu’on fait grandir trop vite, ça devient ensuite des ados adultes; ça devient des adulescents; ça devient des éternels adolescents, parfaitement adaptés à cette société boulimique, à cette société du toujours plus.

Je crois que, si l’on veut ralentir, il faut prendre toute la mesure de ce qu’est la société capitaliste, de ce qu’est la société productiviste. Le capitalisme, c’est finalement trois choses : le capitalisme, c’est bien sûr un système d’exploitation, de domination. Ça, les gauches politiques ou syndicales savent bien le dénoncer. Mais le capitalisme, ce n’est pas que ça. Le capitalisme, c’est aussi l’imposition d’un style de vie, d’un genre de vie, d’objets particuliers. Et ça, les gauches et l’écologie ont largement perdu cette critique des objets et des produits capitalistes. Et puis, le capitalisme c’est une troisième chose. Le capitalisme, c’est une réponse à nos angoisses existentielles. C’est une réponse à notre peur de mourir, à notre caractère fini.  Et cette réponse capitaliste, c’est celle de la croissance économique, ou de la croissance du pouvoir. C’est cette illusion qu’en faisant le plein de richesses matérielles ou de pouvoir, je pourrais vaincre ce qu’il y a de plus humain dans moi, c’est-à-dire ma finitude.

Le toujours plus de consommation, le toujours plus de pouvoir, ce sont des dissolvants d’angoisses capitalistes. Tant que nous n’inventerons pas des dissolvants d’angoisses existentielles aussi forts que les dissolvants d’angoisses capitalistes, on n’y arrivera pas. Et c’est là, où, effectivement, la question des valeurs devient essentielle. On peut reprocher tout ce que l’on veut au capitalisme ou au productivisme, il faut reconnaître que c’est une société diablement efficace. Nous, nous sommes tombés dans la marmite il y a 70 ans, et on en veut encore. Une partie des peuples qui n’y sont jamais tombés ne demandent que ça. Tant que nous n’aurons pas quelque chose d’aussi fort que le toujours plus, on n’y arrivera pas.

Il y a, bien sûr, la seule chose qui soit à la hauteur, c’est de relancer le partage, c’est la gratuité. Le grand combat pour le 21ème siècle n’est pas de manifester pour le pouvoir d’achat, mais c’est manifester pour défendre et étendre la sphère de la gratuité. Mais ça ne peut pas être la gratuité de n’importe quoi. Parce que la gratuité a un coût! Raison de plus de nous poser la bonne question, raison de plus de choisir ce qui doit être gratuit. Les Municipalités qui sont engagées avec nous dans ce processus et qui posent la question à leurs administrés : “Voulez-vous que les transports en commun soient gratuits ou préférez-vous que le stationnement soit gratuit pour les voitures?” vont effectivement dans le bon sens.

Ce que nous prônons, c’est la gratuité du bon usage face au renchérissement ou à l’interdiction du mésusage. Ça peut sembler complexe, mais au fond c’est très simple : pourquoi paie-t-on son eau le même prix pour faire son ménage et pour remplir sa piscine privée? Pourquoi paie-t-on son énergie, son transport, son logement le même prix pour ce que la société considère comme une utilisation normale, et pour ce qu’elle considère être un gaspillage? Mais bien sûr, pour avancer dans cette direction, il faut avant tout rendre la parole au peuple; il faut rendre la parole aux gens qui en ont été privés. Et les Municipalités qui se sont engagées dans ce mouvement vers la gratuité des services publics voient revenir à la politique des gens qui s’en étaient écartés.

J’ai été horrifié au moment des dernières élections régionales d’entendre un certain nombre de listes, de gauche notamment, dire : “Nous, la gratuité des transports en commun, on veut bien pour les pauvres, mais ceux qui peuvent payer doivent payer!” Oui mais, si l’on accepte ce discours pour les transports en commun, pourquoi ne pas le tenir aussi pour l’école? Pourquoi ne pas le tenir aussi pour la santé?

Il y a en fait deux conceptions possibles de la gratuité. Il y a une gratuité d’accompagnement du système : la gratuité pour les naufragés, la gratuité pour ceux qui sont tombés, la gratuité pour les pauvres. Et cette gratuité-là, elle ne va jamais sans une certaine condescendance : “Est-ce que vous êtes un vraiment pauvre?”, elle ne va jamais sans flicage : “est-ce que vous êtes un vrai chômeur recherchant un emploi?”.
Et puis, il y a une deuxième gratuité, qui est une gratuité d’émancipation. Ce qui est beau avec l’école publique, c’est qu’on ne demande pas au gamin s’il est gosse de riche ou gosse de pauvre, c’est qu’il est admis en tant qu’enfant. Et pourquoi ce qui est vrai pour la culture, ne serait-il pas vrai, aussi, pour l’alimentation, le logement, pour la santé, c’est-à-dire pour d’autres besoins sociaux fondamentaux qu’il va falloir couvrir?

Ce qui me rend optimiste, c’est de constater, à travers le colloque qu’on a organisé avec une cinquantaine de villes, qu’aujourd’hui se développent de partout des petits bouts de gratuité. Ici, on commence par la gratuité des transports en commun; ailleurs, c’est la gratuité de la restauration scolaire, ou d’un panier bio tous les mois; ailleurs encore, c’est la gratuité des services funéraires; mais derrière ces petits bouts de gratuité, c’est aussi la façon de re-sécuriser les individus. La grande force du système capitaliste, c’est sa capacité à insécuriser : c’est la porte du lendemain, c’est la porte du chômage, c’est le développement de la précarité.

La décroissance doit être un des moyens de re-sécuriser les gens. Re-sécuriser la population, ça passe, pour moi, par l’adoption d’un revenu garanti couplé à un revenu maximal autorisé. Le revenu garanti, – peu importe le vocabulaire – , certains parlent de salaires socialisés avec des confédérations syndicales, d’autres parlent d’allocations universelles… Veut-on, peut-on donner à chacun un moyen de vivre, frugalement certes, mais de façon sécurisée?

Ce revenu garanti pourrait être donné de trois façons : une partie en monnaie nationale, une partie également sous forme de monnaie régionale, à créer, pour faciliter la re-localisation des activités économiques, sur le mode de ce qu’un certain nombre de villes du nord de l’Europe font pour les aides sociales qui sont servies sous la forme de bons d’achat sur des produits locaux. Puis, ce revenu garanti, donné en partie en euro, en partie sous forme de monnaie locale, devrait être donné aussi en partie sous une forme dé-monétarisée : tant de kilowattheures d’électricité, tant de litres d’eau. Lorsque la communauté d’agglomérations des Lacs de l’Essonne décide à partir du 1er janvier 2011 de donner 40 litres d’eau gratuits par jour, on va dans le bon sens. Donc, donner un certain nombre de kilowattheures d’électricité, donner l’accès effectivement à ce qui est nécessaire.

Ce choix de re-sécuriser les gens, c’est un pari. C’est le pari que si les gens ne sont plus obligatoirement des forçats du travail, par le gouvernement de la peur, il y a des chances, – il y a l’espoir – , qu’ils puissent développer les autres facettes de leur personnalité. La grande force du système, c’est de faire de nous des forçats du travail et de la consommation. Le jour où nous serons de nouveau sécurisés économiquement, nous pourrons redevenir des citoyens, parce que faire de la politique, ça prend du temps. Nous pourrons redevenir des poètes et des artistes, re-poétiser nos existences. Nous pourrons aussi redevenir des amants ou des amantes.

J’ai lu récemment une petite étude tout à fait amusante sur l’évolution de la sexualité. Alors, ce qui m’a déjà amusé, – mais, je dirais que l’évolution était normale – , c’est qu’on parle de mondialisation, de globalisation, de standardisation de la bouffe ou de la musique, mais dans le domaine de la sexualité, aussi, les postures et les gestes tendent à se mondialiser, à se standardiser. Un appauvrissement humain quand-même assez significatif. Et puis, c’est aussi tout simplement, un chiffre tout bête : les gens ont beaucoup plus de relations de tendresse durant les vacances que lorsqu’ils bossent. C’est-à-dire que l’activité économique vient également empiéter sur le plus intime de nos existences. Chacun de nous peut en faire peu ou prou l’expérience au quotidien. Donc quand on dit que ne plus être enfermé dans une seule dimension, – celle de l’économie – , permet de réveiller toutes les autres dimensions de notre existence, oui, c’est le pari que l’on fait pour rendre cette société de décroissance désirable.

Et je terminerai en disant que Cancun, dont on a relativement peu parlé cette année, peut être à la fois la pire et la meilleure des choses. Cancun, ce sera la pire des choses si la logique qui l’emporte, c’est celle de l’adaptation à l’effondrement environnemental. Je vais dire tout à l’heure que le gouvernement français veut relancer un nouveau Grenelle et veut être le premier pays à adopter le plan national d’adaptation.

A Cancun, on a vu aussi des résistances extraordinaires. Regardez ce qui se dit aujourd’hui en Equateur. Regardez ce qui se dit, aujourd’hui, en Bolivie. Regardez comment les peuples amérindiens sont en train d’imposer ce qu’ils appellent la notion du sumak kawsay, c’est-à-dire du buen vivir, du bien vivre, par opposition au bien être. Comment, dans la nouvelle constitution de Bolivie ou de l’Equateur, cette notion de buen vivir est devenue l’équivalent de ce qui se cherche chez nous sous le nom de décroissance. Je crois que, derrière les notions de buen vivir, de bien vivre, derrière les notions de décroissance, derrière les notions de vie bonne, derrière le succès, aujourd’hui, de collectifs citoyens de nouveaux résistants – avec la re-publication du programme du Conseil National de la Résistance qui s’appelait Les Jours Heureux et la réécriture qui est en cours d’un nouveau programme qui s’appellera Les Nouveaux Jours Heureux – , quelque chose est en train de s’inventer. Quelque chose est en train de se chercher. Alors, je ne dis pas que la décroissance est toute la réponse. Mais je suis convaincu que la décroissance est un moment essentiel de cette réponse.

Et je terminerai en disant que ce qui me semble caractériser notre société c’est l’inversion du sacré et du profane. Nous n’avons de cesse de profaner le sacré que nous nous étions donné, soit un certain nombre de valeurs : la liberté, l’égalité, la fraternité, la démocratie, le génome humain, la vie sous ses multiples aspects. Et, à côté de cette profanation de notre sacré, nous sommes en train de sacraliser le plus profane, le plus ordinaire : le culte de l’argent, – si possible facile – , le culte de la croissance, le culte de la consommation, le culte de la technique. Le fait de rendre sacré, c’est-à-dire intouchable, l’ordinaire; c’est la définition même du totalitarisme que donnait la grande philosophe Hannah Arendt. Ma grande crainte, c’est que nous en ayons fini au 20ème siècle avec deux totalitarismes pour succomber, au 21ème siècle, à un totalitarisme peut être pour l’instant plus soft en apparence, mais qui n’en est pas moins barbare.

Affiche de la conférence Contre-Grenelle 3 "Décroissance ou barbarie?"

Contre-Grenelle 3 "Décroissance ou barbarie"

Et si le Troisième Contre-Grenelle que nous allons organiser le 2 avril à Vaulx-en-Velin, à côté de Lyon, aura pour titre Décroissance ou barbarie, c’est parce qu’à cette occasion-là, nous lancerons un appel pour dire “pas touche à la planète! pas touche à l’humain!”. Je crois qu’aujourd’hui les différentes familles d’écologistes, les différentes familles des gauches sous-estiment gravement les menaces qui pèsent sur nous. J’ai voulu, tout à l’heure, en vous montrant ces stratégies d’adaptation de la planète, des stratégies d’adaptation de l’humanité, vous montrer ce vers quoi les puissants de cette planète sont prêts à nous attirer, – avec bien sûr des dégâts considérables non seulement en matière d’authenticité de la vie, c’est-à-dire en généralisant une vie de plus en plus artificielle en nous enserrant dans la techno-science – , mais également, comment ces puissants de l’humanité sont prêts à sacrifier une part des humains.

Rappelez-vous, l’une des grandes déclarations il y a quelques années à Davos, lorsque le patron de la trilatérale Brzezinski avait rappelé que l’économie mondiale n’aura bientôt plus besoin que de 20% des humains. Et il posait la question : “Que faire des 80% d’individus surnuméraires?” Alors, il répondait, pour faire rire les copains de Davos: “Il faudra créer”, je cite “un cocktail d’alimentation suffisante et de divertissements abrutissants pour maintenir les 80% de la population frustrée dans un bonheur apparent.” Je dirais que la décroissance s’inscrit foncièrement à contre-courant. Ce que nous appelons, nous, c’est à une insurrection des consciences, mais aussi à une insurrection des existences. Il est indispensable aujourd’hui, dans cette société, d’entrer en dissidence. Il est indispensable de construire une contre-société, parce qu’effectivement, on est bien obligés de le constater, c’est que ce monde, tel qu’il est, est difficilement réformable. Et ce n’est que dans la mesure où nous arriverons à re-développer, j’allais dire d’autres pratiques, mais aussi d’autres rêves, que nous rouvrirons le champ des possibles.

Je vous remercie de votre patience.

Cette conférence était organisée par l’association EPOC (Ecologie, Pacifisme, Objection de Croissance) Epoc.asso@laposte.net
Reportage http://dijon-ecolo.fr “Penser mondial, agir local”
Dijon, le 19 janvier 2011

Transcript à partir de la vidéo sus-mentionnée établi en avril 2011, avec quelques adaptations pour alléger le texte à l’écrit. Merci de me faire part de toute erreur de transcription.